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"Un Peu D'Histoire..." (2)

Mais revenons aux premières manifestations d’une Mémoire Prodigieuse.

Dans l’Antiquité, donc, Simonide de Céos, poète grec, participe à un banquet organisé par un dénommé Scopas, un athlète qui avait remporté un pugilat. Simonide n’est pas là comme simple invité, mais pour réciter un poème en honneur de son hôte, vainqueur, comme il était d’usage.

Une fois son poème terminé, Simonide continue et fait l’éloge des Dieux jumeaux Castor et Pollux. A cet instant précis, on prévient Simonide que deux jeunes hommes l’attendent à l’extérieur. Ce dernier sort, mais ne trouve personne.

C’est à ce moment, raconte la légende, que le plafond de la salle où il se trouvait quelques secondes auparavant s’effondre sur tous les invités. Tous meurent et Simonide est le seul rescapé. Reconnaissance des dieux qui l’auraient attiré au-dehors ?


Simonide de Céos
(Illustration de Sténo)

Les corps des victimes, méconnaissables, sont impossibles à identifier. Mais Simonide, formé à l’art de la mnémotechnique, est capable de se rappeler la place exacte occupée par tous les invités ! Et c’est de cette façon qu’ils finissent par être tous identifiés.

Mythe ou réalité, cette histoire, contée par Cicéron, se situe aux alentours de 480 av.J-C. Elle est la première trace d’une technique encore utilisée par de nombreux mnémonistes professionnels : la méthode des lieux ou « Loci ». Cette technique consiste à imaginer et mémoriser un itinéraire, avec des étapes clés. Ces étapes seront reliées aux informations que l’on souhaite mémoriser. Mais il est trop tôt pour en parler maintenant. Continuons notre voyage.

Plus tard, vers 400 av.J.C, c’est l’auteur inconnu du traité Dialexis qui préconise trois grands principes pour mémoriser : faire attention, répéter et relier l’information nouvelle à une information ancienne. Vers 85 av.J.C, le traité Ad Herennium fait la distinction entre deux formes de mémoire : celle qui permet d’apprendre par cœur, et l’autre basée sur la compréhension. C’est cette dernière qui intéresse les orateurs. Ces derniers, amenés à tenir divers discours, ne peuvent se permettre d’oublier aucune idée importante. Ils procèdent donc de deux façons.

Dans un premier temps, ils mémorisent les idées clés, en suivant une logique. Ils utilisent la méthode des lieux pour garder leur fil conducteur. Ensuite, ils font appel à leur mémoire « artificielle » en apprenant par cœur les points importants.

Déjà, à l’époque, on avait conscience de l’importance visuelle de la mémoire.

Plus tard, avec l’essor du christianisme, les pratiques mnémotechniques évoluent. La rhétorique laisse sa place à la prière : l’important, ce n’est plus de retenir pour transmettre, mais pour mémoriser les textes sacrés, pour s’imprégner des valeurs chrétiennes.

La Bible est l’ouvrage de référence et on invente toutes sortes de procédés mnémotechniques, faisant appel à l’imaginaire. L’enjeu est énorme : mémoriser, c’est tout simplement s’approprier un savoir. La quête du savoir absolu anime les plus grands personnages du Moyen Age, avides de techniques qui leur permettraient de puiser dans leur mémoire comme dans une bibliothèque. Cette période, de vide culturel, est aussi une période de lente reconstruction. La mémoire prend alors toute son importance : elle est le dernier rempart contre l’oubli.

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