"Un Peu D'Histoire..." (3)
Vers la fin du Moyen Age, la mnémotechnique est remise en question. La méthode des lieux, base de tous les procédés mnémotechniques jusqu’à présent, est remplacée par l’étude approfondie des textes. La lecture revient à la mode. Montaigne, de son côté, fustige la mémoire mécanique et clame que « mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine ».
Le raisonnement prend de l’ampleur et semble s’opposer au « par cœur », même si les principes de la rhétorique continuent d’être enseignés. Pour la première fois, Pierre de la Ramée met en avant une autre approche de la mémoire en défendant la logique et la classification : les premiers schémas heuristiques, en arborescence, voient le jour et s’opposent à toute forme de mémoire « artificielle ».
L’essor de l’imprimerie place définitivement au second plan la mnémotechnique : le savoir est désormais consigné et archivé. Avec le temps, les bibliothèques, mémoire collective de notre passé, de notre savoir, prennent le relais et soulagent notre mémoire de tous ces savoirs qui, il faut bien l’admettre, ne peuvent tous être maîtrisés par une seule personne.

L'imprimerie a sonné le glas
des procédés mnémotechniques
(Illustration de Sténo).
D’autres techniques, rapprochant l’information de l’image vont cependant naître. Ainsi, au 16ème siècle apparaît le premier code imagé, qui consiste à créer des analogies. Par exemple, le A s’apparente avec un compas, le 2 avec un cygne… De ces nouvelles techniques va naître une table de rappel, attribuée à Pierre Hérigone, mathématicien qui, le premier, abordera le sujet dans un chapitre de son livre Cours de mathématiques. Qu’est-ce que le code chiffre lettre ? Tout simplement un procédé qui permet de coder les chiffres en lettres. Ainsi, 1 se code « p » pour la consonne ou « a » pour la voyelle. Cette façon de faire permettait de créer des « mots », plus faciles à mémoriser que les chiffres. L’application de cette technique concernait principalement les dates.
Plus tard, au 19ème siècle, Grégoire de Feinaigle, mnémoniste réputé, contribue à l’essor du code chiffre lettre à travers des démonstrations, des cours et des conférences dans toute l’Europe. C’est pourtant un français, Aimé Paris, passionné de sténographie qui donnera au code chiffre lettre ses lettres de noblesse, en y impliquant des consonantiques en lieu et place de consonnes arbitraires.
La mnémotechnique, face aux avancées de l’imprimerie notamment, mais aussi culturelles, va perdre petit à petit de sa superbe : le déclin, amorcé dès le début du 19ème siècle va s’accélérer et tomber peu à peu dans l’oubli.
Pour tout le monde ? Non, vous vous en doutez bien. En embuscade, des illusionnistes comptent bien tirer profit de toutes ces techniques à leur avantage. La reconversion de la mnémotechnique est assurée et perdure encore de nos jours.

Harry Lorayne, Mnémoniste
et Magicien
Américain
Fort de ses 17 000 000 d’exemplaires de livres vendus, dont 9.000.000 pour son seul ouvrage Comment développer une mémoire exceptionnelle, l’américain Harry Lorayne est aujourd’hui le plus connu des mnémonistes professionnels. Artiste de variété, magicien, il sillonne les Etats-Unis d’Amérique d’émissions en conférences, toutes sur ce thème : « Comment développer sa mémoire ». Mais bien avant lui, d’autres magiciens se sont intéressés aux prodigieuses capacités d’une mémoire entraînée. Parmi eux, deux frères : Ferdinand et Isidore Bonheur.
Suite >>
|